Amour lesbien

Julia Kristeva : Proust, la mise en histoire de la scène perverse - Le névrosé, le psychotique, le pervers, le romancier

Marcel Proust - A la recherche du temps perdu - Les mots de la Scene de Montjouvain
 

Julia Kristeva, Proust et l'expérience littéraire :

"Le névrosé s'emploie à refouler le hors-temps de l'inconscient.

Le psychotique à le trouer : spécialiste de l'ellipse, il perd toujours au moins un chaînon de sa logique, qui réapparaît cependant dans l'acte fou.

Le pervers s'en amuse : il le chosifie dans des objets partiels qu'il dispose rituellement au gré de ses dépendances sexuelles, mais celles-ci se révèlent épuisantes, avant tout pour le sens dont il ne reste pas grand-chose au pervers, comme en témoigne la pauvreté de son discours et de ses fantasmes.

Les structures psychiques consistent, en somme, à disposer de différentes façons l'inconscient "hors-temps" à l'intérieur de la durée temporelle.

Et chaque fois que le sujet échoue dans cette transposition, les variantes de l'échec s'actualisent dans autant de structures.

(...)

Le fantasme met en récit l'inconscient de telle sorte que le hors-temps inconscient, une fois nommé et raconté, obtient du sens : une direction et une valeur.

(...)

Contrairement au névrosé qui a peur et honte de ses fantasmes et au pervers qui, à l'inverse, les réalise avec minutie sans se laisser effleurer par  ce qu'ils voudraient dire, l'analysant est invité à faire avec les mots ce que le pervers fait avec les choses (et avec les personnes réduites à n'être que des choses) : une mise en scène de l'inconscient. 

Or, lorsque la mise en scène perverse se transpose, telle une métaphore, dans l'univers du discours immanquablement temporel, c'est la mise en histoire qui commence."

Julia Kristeva : Le temps sensible - Proust et l'expérience littéraire, pages 392-393

Le livre :


 

Illustration : Les mots de la scène de Montjouvain

Texte : http://alarecherchedutempsperdu.org/marcelproust/037


 

 

AUDIO : une partie de la scène de Montjouvain (Marcel Proust), lue par Hélène Fillières


 





Lacan : Proust, Mlle Vinteuil vue par le narrateur, avec son amie et le portrait de son père

Marcel Proust - A la recherche du temps perdu - Film de Nina Companeez : Mlle Vinteuil et son amie - Scene de Montjouvain
 
Marcel Proust - A la recherche du temps perdu - Film de Nina Companeez : Mlle Vinteuil et son amie - Scene de Montjouvain
 
Marcel Proust - A la recherche du temps perdu - Film de Nina Companeez : Mlle Vinteuil et son amie - Scene de Montjouvain
 
Marcel Proust - A la recherche du temps perdu - Film de Nina Companeez : Mlle Vinteuil et son amie - Scene de Montjouvain
 
Marcel Proust - A la recherche du temps perdu - Film de Nina Companeez : Mlle Vinteuil et son amie - Scene de Montjouvain
 
Marcel Proust - A la recherche du temps perdu - Film de Nina Companeez : Mlle Vinteuil et son amie - Scene de Montjouvain
 
Marcel Proust - A la recherche du temps perdu - Film de Nina Companeez : Mlle Vinteuil et son amie - Scene de Montjouvain
 
Marcel Proust - A la recherche du temps perdu - Film de Nina Companeez : Mlle Vinteuil et son amie - Scene de Montjouvain
 
Marcel Proust - A la recherche du temps perdu - Film de Nina Companeez : Mlle Vinteuil et son amie - Scene de Montjouvain
 
Marcel Proust - A la recherche du temps perdu - Film de Nina Companeez : Mlle Vinteuil et son amie - Scene de Montjouvain
 
Marcel Proust - A la recherche du temps perdu - Film de Nina Companeez : Mlle Vinteuil et son amie - Scene de Montjouvain
 
 
 
 

 

AUDIO :

une partie de la scène de Montjouvain (Marcel Proust), lue par Hélène Fillières


Le narrateur observe Mlle Vinteuil et son amie, découvre le sadisme : 
"en cette fin de journée lointaine à Montjouvain, caché derrière un buisson 
j'avais dangereusement laissé s'élargir en moi la voie funeste
et destinée à être douloureuse du Savoir"
 
 
 
Jacques Lacan :
 

– Je pense que Proust a approché plusieurs fois certaines expériences de l’inconscient. On trouve souvent un tel passage d’une page ou deux dans Proust, que l’on peut découper très clairement. Je pense que vous avez raison ; Proust en est très proche, mais au lieu de développer des théories il revient toujours à son affaire qui est la littérature. Prenant pour exemple Mlle Vinteuil vue par le narrateur, avec son amie et le portrait de son père. Je pense qu’aucun autre artiste littéraire ait fait ressortir une chose comme celle-là. C’est peut-être à cause du projet lui-même de l’œuvre, cette entreprise fabuleuse du temps retrouvé – c’est ce qui le guide au delà même de ce qui est accessible à la conscience.
 
--
 
LACAN – I think that Proust many times approached certain experiences of the unconscious. One often finds such a passage of a page or so in Proust which one can découper very clearly. I think you are right ; Proust pushes it very close, but instead of developing theories he always comes back to his business, which is literature. To take the example of Mlle Vinteuil, as seen by the narrator with her friend and her father’s picture, I don’t think that any other literary artist has ever brought out a thing like this. It may be because of the very project of his work, this fabulous enterprise of « time recovered » – this is what guided him, even beyond the limits of what is accessible to consciousness.
 
 
(Communication faite au Symposition International du John Hopkins Humanities Center à Baltimore (USA),
« OF STRUCTURE AS AN INMIXING OF AN OTHERNESS PREREQUISITE TO ANY SUBJECT WHATEVER ».
Paru dans The Languages of Criticism and the Sciences of Man : The structuralist Controversy, dirigé par R. Macksey et E. Donato, Baltimore et Londres, The Johns Hopkins Press, 1970, pp. 186-195. Les interventions de Lacan ont été faites en anglais et en français.)
 
 
 
Illustrations :
 
Mlle Vinteuil et son amie, scène de Montjouvain
dans le film TV de Nina Companeez, France 2
 

DVD :
 





L'érotisme proustien est aujourd'hui l'érotisme des masses. Le monde contemporain tout entier est pénétré de masochisme [René Girard]

Albertine Simonet et la petite blanchisseuse - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - TELEFILM DE NINA COMPANEEZ - FRANCE TELEVISIONS
 
 
Albertine Simonet et la petite blanchisseuse - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - TELEFILM DE NINA COMPANEEZ - FRANCE TELEVISIONS
 
 
Albertine Simonet et la petite blanchisseuse - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - TELEFILM DE NINA COMPANEEZ - FRANCE TELEVISIONS
 
 
Albertine Simonet et la petite blanchisseuse - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - TELEFILM DE NINA COMPANEEZ - FRANCE TELEVISIONS
 
 
Albertine Simonet et la petite blanchisseuse - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - TELEFILM DE NINA COMPANEEZ - FRANCE TELEVISIONS
 
 
Albertine Simonet et la petite blanchisseuse - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - TELEFILM DE NINA COMPANEEZ - FRANCE TELEVISIONS
 
 
 
 
René Girard :
 
"Le médiateur n'est tel que parce qu'il paraît "incapable de subir un attrait d'ordre intellectuel ou moral" (*) ; c'est à leur bassesse présumée que les jeunes filles doivent tout leur prestige.
 
La petite bande semble devoir éprouver de la "répulsion" pour tout ce qui fait preuve de "dispositions pensives ou sensibles" ; le narrateur se sent très évidemment visé ; il s'imagine que tout commerce avec ces adolescentes lui est à jamais interdit. Il n'en faut pas plus pour fixer son désir.
 
Le coup de foudre de Marcel se ramène à la supposition qu'Albertine est insensible et brutale.
 
Baudelaire affirmait déjà que la "bêtise" est un ornement indispensable de la beauté moderne.
 
Il faut aller plus loin ; il faut situer l'essence même du sexuellement désirable dans l'insuffisance spirituelle et morale, dans tous les vices qui rendraient la fréquentation de l'être désiré intolérable en dehors de ce désir.
 
 
Qu'on ne nous dise pas que Proust est un être "exceptionnel". En révélant le désir de ses héros, le romancier, comme toujours, révèle la sensibilité de son époque ou de l'époque qui va suivre.
 
Le monde contemporain tout entier est pénétré de masochisme. L'érotisme proustien est aujourd'hui l'érotisme des masses. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un coup d'oeil sur le moins "sensationnel" de nos journaux illustrés.
 
Le masochiste s'acharne sur le mur aveugle de l'imbécillité : c'est sur ce mur qu'il finira par se briser. Denis de Rougemont le constate à la fin de l'Amour et l'Occident : "Ainsi donc, cette préférence accordée à l'obstacle voulu était un progrès vers la mort.""
 
 Mensonge romantique et vérité romanesque,
Pluriel pages 318-319
 

(*) Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs :

"Ce n'était peut-être pas, dans la vie, le hasard seul qui, pour réunir ces amies les avait toutes choisies si belles ; peut-être ces filles (dont l'attitude suffisait à révéler la nature hardie, frivole et dure), extrêmement sensibles à tout ridicule et à toute laideur, incapables de subir un attrait d'ordre intellectuel ou moral, s'étaient-elles naturellement trouvées, parmi les camarades de leur âge, éprouver de la répulsion pour toutes celles chez qui des dispositions pensives ou sensibles se trahissaient par de la timidité, de la gêne, de la gaucherie, par ce qu'elles devaient appeler « un genre antipathique », et les avaient-elles tenues à l'écart ; tandis qu'elles s'étaient liées au contraire avec d'autres vers qui les attiraient un certain mélange de grâce, de souplesse et d'élégance physique, seule forme sous laquelle elles pussent se représenter la franchise d'un caractère séduisant et la promesse de bonnes heures à passer ensemble."

 
 
DVD A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - NINA COMPANEEZ
D'après l'oeuvre de Marcel Proust
 
 
Illustrations :
 
Albertine et la petite blanchisseuse, amour lesbien,
dans le film TV de Nina Companeez, France 2
 
 




Subscribe to Amour lesbien