Cinema

René Girard : dans ces royaumes métalliques de l'absurde

MONOLITHE - 2001 - STANLEY KUBRICK
 
MONOLITHE - 2001 - STANLEY KUBRICK
 
 
Monolithe de 2001 (Stanley Kubrick)
 
 
René Girard : "Le terme de l'horrible fascination est la densité du plomb, l'immobilité impénétrable du granit."
 
 
 
René Girard :
 

"Les désirs proustiens étaient déjà tous marqués du signe de cette bête.

Les grâces de Mme de Guermantes sont celles de "l'oiseau de proie". 

Dans A l'ombre des jeunes filles en fleurs, le romancier compare les évolutions des jeunes filles à celles d'une "bande d'alevins", c'est-à-dire à ce qu'il y a de moins individualisé dans la vie animale.

Plus tard, les allées et venues de la petite bande font penser Marcel "aux mouvements géométriques, cérémonieux et incompréhensibles d'une troupe de mouettes". 

Cet univers incompréhensible est encore celui du médiateur ; l'Autre est d'autant plus séduisant qu'il est moins accessible ; et il est d'autant moins accessible qu'il est plus déspiritualisé, qu'il tend davantage à l'automatisme de l'instinct. Et c'est bien à l'automatique et même au mécanique pur qu'aboutit, au-delà de la vie animale, l'entreprise absurde d'autodivinisation. 

L'individu, toujours plus égaré, toujours plus désaxé par un désir que rien ne peut satisfaire, finit par chercher l'essence divine dans ce qui nie radicalement sa propre existence, c'est-à-dire dans l'inanimé. 

La poursuite inlassable du Non conduit le héros dans les déserts les plus desséchés, dans ces "royaumes métalliques de l'absurde" où nous voyons errer, de nos jours, ce qu'il y a de plus significatif dans l'art néo-romantique.

...

Jamais, semble-t-il, cette poursuite ne pourra prendre fin.

Le héros n'est plus vivant mais il n'est pas encore mort. Le héros sait, d'ailleurs, que le sens de sa recherche est la mort mais cette connaissance ne le détourne pas du désir métaphysique. La lucidité suprême est aussi l'aveuglement le plus total.

Par un contresens plus subtil et plus grossier encore que tous les contresens antérieurs, le héros décide que la mort est le sens de la vie. Le médiateur se confond, désormais, avec l'image de la mort toujours voisine et toujours refusée.

C'est cette image qui fascine le héros. La mort semble un dernier "être de fuite" et un dernier naufrage. 

"Ils cherchaient la mort mais elle les fuira", annonce l'Ange de l'Apocalypse. 

...

Le monde minéral est celui de cette fin, c'est le monde d'une mort que l'absence de tout mouvement, de tout frémissement, rend enfin complète et définitive. Le terme de l'horrible fascination est la densité du plomb, l'immobilité impénétrable du granit."


 
Mensonge romantique et vérité romanesque,
Pluriel p. 320-321
 





Lacan : LOLITA - le désir dont il s'agit chez le sujet ne pouvait vivre que dans un autre, où il est littéralement impénétrable et inconnu

LOLITA - FILM DE STANLEY KUBRICK - pied de Lolita
 
 
Le personnage qui se substitue, à un moment de l'intrigue, au héros,
le personnage qui, lui, à proprement parler, est le pervers
qui, lui, réellement accède à l'objet,
(...)
comme si le désir dont il s'agit chez le sujet ne pouvait vivre que dans un autre,
et là où il est littéralement impénétrable et tout à fait inconnu...
 

 

VERSION AFI

Publication hors commerce
Document interne à l’Association freudienne internationale
 

Jacques Lacan,

LE DESIR ET SON INTERPRETATION
SÉMINAIRE 1958-1959 :

(...)

 

Leçon 26 24 juin 1959

 

(...)

 

"Je vous ai déjà indiqué l'autre jour la prudence avec laquelle il convient d'aborder ce que nous appelons fantasme pervers.

Le fantasme pervers n'est pas la perversion.

L'erreur la plus grande est de nous imaginer que nous comprenons la perversion, nous tous tant que nous sommes (c'est-à-dire en tant que nous sommes plus ou moins névrosés sur les bords...), pour autant que nous avons accès à ces fantasmes pervers.

Mais l'accès compréhensif que nous avons au fantasme pervers ne donne pas pour autant la structure de la perversion, encore qu'en quelque sorte elle en appelle la reconstruction.

Et si vous me permettez de prendre un peu de liberté dans mon discours d'aujourd'hui, à savoir de me livrer à une petite gambade au-dehors, je vous évoquerai ce livre marqué du sceau de notre époque contemporaine qui s'appelle Lolita.

Je ne vous impose pas plus la lecture de cet ouvrage que d'une série d'autres qui semblent indiquer une certaine constellation de l'intérêt autour justement du ressort du désir. Il y a des choses mieux faites que Lolita sur le plan si l'on peut dire théorique.

 

Mais Lolita est tout de même une production assez exemplaire.

 

Pour ceux qui l'entrouvriront, rien ne paraîtra obscur quant à la fonction dévolue à un [i (a)]. Et bien évidemment, d'une façon d'autant moins ambiguë qu'on peut dire que, curieusement, l'auteur se pose dans une opposition tout à fait articulée avec ce qu'il appelle la charlatanerie freudienne et n'en donne pas moins à plusieurs reprises, d'une façon qui lui passe vraiment inaperçue, le témoignage le plus clair de cette fonction symbolique de l'image, de i (a).

Y compris le rêve qu'il a, peu de temps avant de l'approcher d'une façon décisive, et qui la lui fait apparaître sous la forme d'un monstre velu et hermaphrodite.

 

Mais là n'est pas l'important. L'important dans la structure de cet ouvrage [est] qu'il a toutes les caractéristiques de la relation du sujet au désir, au fantasme à proprement parler névrotique - pour la simple raison qui éclate dans le contraste entre le premier et le second volume, entre le caractère étincelant du désir tant qu'il est médité, tant qu'il occupe quelques trente années de la vie du sujet, et sa prodigieuse déchéance dans une réalité enlisée (aucun moyen même d'atteindre le partenaire) qui constitue le second volume et le misérable voyage de ce couple à travers la belle Amérique.

 

Ce qui est important et en quelque sorte exemplaire, c'est que par la seule vertu d'une cohérence constructive, le pervers se livre à proprement parler, apparaît dans un autre, un autre qui est plus que le double du sujet, qui est bien autre chose, qui apparaît là littéralement comme son persécuteur, qui apparaît en marge de l'aventure, comme si - et en effet c'est tout ce qu'il y a de plus avoué dans le livre - le désir dont il s'agit chez le sujet ne pouvait vivre que dans un autre, et là où il est littéralement impénétrable et tout à fait inconnu.

 

Le personnage qui se substitue, à un moment de l'intrigue, au héros, le personnage qui, lui, à proprement parler, est le pervers qui, lui, réellement accède à l'objet, est un personnage dont la clef [ne] nous est donnée que dans les gémissements derniers qu'il pousse au moment où il tombe sous les coups de revolver du héros.

Cette sorte de négatif du personnage principal, qui est celui dans lequel repose effectivement la relation à l'objet, a là quelque chose de bien exemplaire et qui peut nous servir de schéma pour comprendre que ce n'est jamais qu'au prix d'une extrapolation que nous pouvons réaliser la structure perverse.

 

La structure du désir dans la névrose est quelque chose de bien autre nature que la structure du désir dans la perversion et, tout de même, ces deux structures s'opposent."

 

Illustration :

LOLITA - Un film de Stanley Kubrick

 

 

 

Lolita - Nabokov





Jacques Lacan : Proust sur le plan du mythe d’Albertine ... poursuite épuisante d’un désir de l’autre qui ne peut jamais être saisi comme le désir propre du sujet

Chiara Mastroianni : Albertine Le Temps retrouvé (Time Regained) Raoul Ruiz
 
 
Chiara Mastroianni : Albertine Le Temps retrouvé (Time Regained) Raoul Ruiz
 
 
Chiara Mastroianni : Albertine Le Temps retrouvé (Time Regained) Raoul Ruiz
 
 
 
 

VERSION AFI

Publication hors commerce
Document interne à l’Association freudienne internationale
 
 
Jacques Lacan, Ecrits techniques :
 

(C’est le premier des séminaires tenus publiquement par Lacan. Ils avaient lieu auparavant à son domicile et regroupaient une dizaine de personnes environ. Ils avaient été consacrés, dans les années immédiatement antécédentes, à la lecture commentée des cinq grandes psychanalyses de Freud.)
 
(...)
 
Leçon XIX - 9 juin 1954 :
 
 
(...)

"La perversion ne se définit pas simplement comme atypie, aberrance, anomalie par rapport à des critères sociaux, contraire aux bonnes mœurs, mais bien entendu, il y a aussi ce registre, ou à des critères naturels, à savoir qu’elle déroge d’une façon plus ou moins accentuée à la finalité reproductrice de la conjonction sexuelle. Mais elle est autre chose dans sa nature. Ce n’est pas pour rien qu’on a dit d’un certain nombre de ces penchants pervers qu’ils sont d’un désir qui n’ose pas dire son nom. On touche là à un registre essentiel. En fait, c’est bien justement déjà à la limite de ce registre de la reconnaissance qui la fixe, la situe, la stigmatise comme perversion. Mais structuralement, intimement, la perversion comme telle, telle que je vous la délinée dans ce registre imaginaire, a ceci qu’elle ne peut s’exercer, se soutenir que dans un statut précaire qui à chaque instant et de l’intérieur est contesté pour le sujet lui-même, insoutenable, fragile, à la merci de ce renversement, de cette subversion dont je vous parlais tout l’heure, et qui fait penser à ce type de changement de signe qu’on adjoint dans certaines fonctions mathématiques, au moment où on passe d’une valeur de variable à la valeur immédiatement suivante, le corrélatif passe du plus au moins l’infini d’un moment à l’autre.

 
C’est cette incertitude fondamentale de la relation perverse qui ne trouve à s’établir dans aucune action satisfaisante, qui fait justement une face du drame de l’homosexualité. je vous le dis. je ne peux pas m’y étendre aujourd’hui. je vous l’indique. C’est dans la triade de ces trois registres fondamentalement groupés et développés dans la dialectique du narcissisme: scoptophilie, sadisme et homosexualité.
 
Mais c’est aussi cette structure qui donne à la perversion sa valeur d’expérience approfondissante de ce qu’on peut appeler, au sens plein, la passion humaine, c’est-à-dire ce en quoi, pour employer le terme spinozien, l’homme exerce, et l’homme est ouvert - non pas au sens fécond du terme ouverture essentielle du monde de la vérité - à cette sorte de division d’avec lui-même qui structure cet imaginaire qui vise, entre O et O’, la relation spéculaire.
 
Elle est approfondissante, en effet, en ceci que, dans cette béance du désir humain, toutes les nuances, j’ai fait allusion à un certain nombre, la dernière fois, qui s’étagent de la honte au prestige, de la bouffonnerie à l’héroïsme, toutes ces nuances apparaissent qui font que ce désir humain est en quelque sorte tout entier exposé, au sens le plus profond du terme, au désir de l’autre et qui fait que, sur le plan de ce désir intersubjectif, imaginaire - souvenez-vous de cette prodigieuse analyse de l’homosexualité qui se développe dans Proust sur le plan du mythe d’Albertine. Peu importe que ce personnage soit féminin, la structure de la relation est éminemment homosexuelle. - Et jusqu’où va l’exigence de ce style de désir, qui ne peut se satisfaire que d’une captation inépuisable du désir de l’autre, poursuivi, si vous vous en souvenez, jusque dans ses rêves par les rêves de l’autre! Ce qui implique à chaque instant une sorte d’entière abdication du désir propre du sujet. C’est dans ce miroitement, et je l’entends dans le sens du miroir aux alouettes qui à chaque instant fait le tour complet sur lui-même, dans ce renversement, se poursuivant à chaque instant, s’entretenant lui-même, poursuite épuisante d’un désir de l’autre qui ne peut jamais être saisi comme le désir propre du sujet, le désir propre du sujet n’est jamais que le désir de l’autre, que réside le drame de cette passion jalouse, si bien analysée par Proust, qui est aussi une autre forme de cette relation intersubjective imaginaire.
 
Qu’est-ce qu’il y a donc au fond de cette relation, qui n’est en quelque sorte saisissable à chaque instant qu’à la limite et dans ces renversements mêmes dont le sens, en somme, s’aperçoit dans un éclair ? Cette relation qui n’est soutenable d’une part que de sujet à sujet, et suppose à chaque instant d’être instabilité extrême, qui ne se soutient que par l’anéantissement ou de l’autre ou de soi-même comme désir ? C’est-à-dire, réfléchissez bien, que chez l’autre et chez soi-même cette relation dissout l’être du sujet, du sujet de l’autre, de ce propre sujet, dans la forme où chez l’autre sa réduction à être un instrument du seul sujet qui reste, à savoir pour soi-même de la position de soi-même comme une idole offerte au désir de l’autre.
 
Le désir pervers a cette propriété d’avoir à sa limite l’idéal en fin de compte d’un objet inanimé. Mais non seulement il ne peut pas s’en contenter, de cet idéal réalisé, mais, dès qu’il le réalise, il perd cet objet au moment même où il rejoint cet idéal. Son assouvissement est ainsi condamné par sa structure même à se réaliser avant l’étreinte par, ou bien l’extinction du désir, ou la disparition de l’objet. Je souligne « disparition » parce que vous trouvez dans des analyses comme celle-là la clef et la clef secrète de ce quelque chose que tels analystes, non sans valeur, sans rigueur, même une certaine densité dans ce qu’on sent qu’ils approchent, par le besoin qu’ils ont de compléter par exemple certains registres de vocabulaire de l’analyse de cette disparition de l’objet. C’est l’aphanisis dont parle Jones quand il essaie de voir au-delà du complexe de castration quelque chose qu’il touche dans l’expérience de certains traumas infantiles.
 
Nous nous perdons là dans une sorte de mystère... Nous ne retrouvons pas par ailleurs dans cet élément structural, fondamental, qui définit une zone, un plan de relations intersubjectives et qui est proprement le plan de l’imaginaire."
 
 
 
Illustrations :
 
Chiara Mastroianni : Albertine
Le Temps retrouvé (Time Regained)
Un film de Raoul Ruiz (1999)
 

 

 
 
 
 
 
 
Sténotypie originale du séminaire de Lacan : le passage sur Proust et Albertine :
 
 
 
 
Jacques Lacan : Proust sur le plan du mythe d’Albertine
 
 
 
 




Entre Rachel et Saint-Loup le fossé était infranchissable

Elsa Zylberstein : Rachel Le Temps retrouvé (Time Regained) Raoul Ruiz
 
 
Elsa Zylberstein : Rachel Le Temps retrouvé (Time Regained) Raoul Ruiz
 
 
Elsa Zylberstein : Rachel Le Temps retrouvé (Time Regained) Raoul Ruiz
 
 
Elsa Zylberstein : Rachel Le Temps retrouvé (Time Regained) Raoul Ruiz
 
 
Elsa Zylberstein : Rachel Le Temps retrouvé (Time Regained) Raoul Ruiz
 
 
 
Marcel Proust :
 

"(Rachel) avait commencé un beau jour à le trouver bête et ridicule parce que les amis qu'elle avait parmi les jeunes auteurs et acteurs, lui avaient assuré qu'il l'était, et elle répétait à son tour ce qu'ils avaient dit avec cette passion, cette absence de réserve qu'on montre chaque fois qu'on reçoit du dehors et qu'on adopte des opinions ou des usages qu'on ignorait entièrement.
 
Elle professait volontiers, comme ces comédiens, qu'entre elle et Saint-Loup le fossé était infranchissable, parce qu'ils étaient d'une autre race, qu'elle était une intellectuelle et que lui, quoi qu'il prétendît, était, de naissance, un ennemi de l'intelligence.
 
Cette vue lui semblait profonde et elle en cherchait la vérification dans les paroles les plus insignifiantes, les moindres gestes de son amant.
 
Mais quand les mêmes amis l'eurent en outre convaincue qu'elle détruisait dans une compagnie aussi peu faite pour elle les grandes espérances qu'elle avait, disaient-ils, données, que son amant finirait par déteindre sur elle, qu'à vivre avec lui elle gâchait son avenir d'artiste, à son mépris pour Saint-Loup s'ajouta la même haine que s'il s'était obstiné à vouloir lui inoculer une maladie mortelle.
 
Elle le voyait le moins possible tout en reculant encore le moment d'une rupture définitive..."
 
 
Illustrations :
 
Elsa Zylberstein : Rachel
Le Temps retrouvé (Time Regained)
Un film de Raoul Ruiz (1999)
 

 
 




L'érotisme proustien est aujourd'hui l'érotisme des masses. Le monde contemporain tout entier est pénétré de masochisme [René Girard]

Albertine Simonet et la petite blanchisseuse - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - TELEFILM DE NINA COMPANEEZ - FRANCE TELEVISIONS
 
 
Albertine Simonet et la petite blanchisseuse - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - TELEFILM DE NINA COMPANEEZ - FRANCE TELEVISIONS
 
 
Albertine Simonet et la petite blanchisseuse - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - TELEFILM DE NINA COMPANEEZ - FRANCE TELEVISIONS
 
 
Albertine Simonet et la petite blanchisseuse - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - TELEFILM DE NINA COMPANEEZ - FRANCE TELEVISIONS
 
 
Albertine Simonet et la petite blanchisseuse - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - TELEFILM DE NINA COMPANEEZ - FRANCE TELEVISIONS
 
 
Albertine Simonet et la petite blanchisseuse - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - TELEFILM DE NINA COMPANEEZ - FRANCE TELEVISIONS
 
 
 
 
René Girard :
 
"Le médiateur n'est tel que parce qu'il paraît "incapable de subir un attrait d'ordre intellectuel ou moral" (*) ; c'est à leur bassesse présumée que les jeunes filles doivent tout leur prestige.
 
La petite bande semble devoir éprouver de la "répulsion" pour tout ce qui fait preuve de "dispositions pensives ou sensibles" ; le narrateur se sent très évidemment visé ; il s'imagine que tout commerce avec ces adolescentes lui est à jamais interdit. Il n'en faut pas plus pour fixer son désir.
 
Le coup de foudre de Marcel se ramène à la supposition qu'Albertine est insensible et brutale.
 
Baudelaire affirmait déjà que la "bêtise" est un ornement indispensable de la beauté moderne.
 
Il faut aller plus loin ; il faut situer l'essence même du sexuellement désirable dans l'insuffisance spirituelle et morale, dans tous les vices qui rendraient la fréquentation de l'être désiré intolérable en dehors de ce désir.
 
 
Qu'on ne nous dise pas que Proust est un être "exceptionnel". En révélant le désir de ses héros, le romancier, comme toujours, révèle la sensibilité de son époque ou de l'époque qui va suivre.
 
Le monde contemporain tout entier est pénétré de masochisme. L'érotisme proustien est aujourd'hui l'érotisme des masses. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un coup d'oeil sur le moins "sensationnel" de nos journaux illustrés.
 
Le masochiste s'acharne sur le mur aveugle de l'imbécillité : c'est sur ce mur qu'il finira par se briser. Denis de Rougemont le constate à la fin de l'Amour et l'Occident : "Ainsi donc, cette préférence accordée à l'obstacle voulu était un progrès vers la mort.""
 
 Mensonge romantique et vérité romanesque,
Pluriel pages 318-319
 

(*) Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs :

"Ce n'était peut-être pas, dans la vie, le hasard seul qui, pour réunir ces amies les avait toutes choisies si belles ; peut-être ces filles (dont l'attitude suffisait à révéler la nature hardie, frivole et dure), extrêmement sensibles à tout ridicule et à toute laideur, incapables de subir un attrait d'ordre intellectuel ou moral, s'étaient-elles naturellement trouvées, parmi les camarades de leur âge, éprouver de la répulsion pour toutes celles chez qui des dispositions pensives ou sensibles se trahissaient par de la timidité, de la gêne, de la gaucherie, par ce qu'elles devaient appeler « un genre antipathique », et les avaient-elles tenues à l'écart ; tandis qu'elles s'étaient liées au contraire avec d'autres vers qui les attiraient un certain mélange de grâce, de souplesse et d'élégance physique, seule forme sous laquelle elles pussent se représenter la franchise d'un caractère séduisant et la promesse de bonnes heures à passer ensemble."

 
 
DVD A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - NINA COMPANEEZ
D'après l'oeuvre de Marcel Proust
 
 
Illustrations :
 
Albertine et la petite blanchisseuse, amour lesbien,
dans le film TV de Nina Companeez, France 2
 
 




Nietzsche : une architecture conforme à la nature de notre âme : le labyrinthe

Maquette du labyrinthe de Shining (Stanley Kubrick)


Nietzsche :

 

"Si nous voulions, si nous osions construire une architecture conforme à la nature de notre âme (nous sommes trop lâches pour cela!) - le labyrinthe devrait être notre modèle!

 

 

Wollten und wagten wir eine Architektur nach unserer Seelen-Art (wir sind zu feige dazu!) — so müsste das Labyrinth unser Vorbild sein!"

 
 
 Nietzsche, Morgenröthe (Aurore),
Livre Troisième, §169
 
 
 

 
Illustration :
 
Maquette du labyrinthe
Shining (Un film de Stanley Kubrick)




Mia Hansen-Løve : Dans chaque homme, il y a quelque chose qui pèse lourd

 

Mia Hansen-Løve :

"Dans chaque homme, il y a quelque chose qui pèse lourd : ce sont les armures, qui embarrassent les chevaliers, quand ils ne se battent pas.

On les entend cliqueter, en permanence, souvent elles couvrent leurs voix. Elles les empêchent de se déplacer librement, les rend gauches.

La parole aussi est encombrée ; elle nécessite une cérémonie marquée par le geste des chevaliers qui soulèvent la visière de leur casque.

Une seule fois, presque, Lancelot est délesté : quand il cède à son désir pour Guenièvre, et commence à se déshabiller.

Guenièvre, on le sent, en frémit."

A propos de Lancelot du Lac, un film de Robert Bresson
 

 

MIA HANSEN-LOVE

 

Mia Hansen-Løve

 

--> Un amour de jeunesse, le dernier film de Mia Hansen-Løve, sort en salles le 6 juillet (Voir la bande-annonce)





Lars von Trier "Nazi" - man muss noch Chaos in sich haben, um einen tanzenden Stern gebären zu können (Nietzsche)

MELANCHOLIA - LARS VON TRIER

MELANCHOLIA - LARS VON TRIER

MELANCHOLIA - LARS VON TRIER

MELANCHOLIA - LARS VON TRIER

MELANCHOLIA - LARS VON TRIER

MELANCHOLIA - LARS VON TRIER

 

Friedrich Nietzsche :

"man muss noch Chaos in sich haben, um einen tanzenden Stern gebären zu können.

 

pour pouvoir engendrer une étoile qui danse il faut en soi-même encore avoir quelque chaos.

 

one must still have chaos in one, to give birth to a dancing star."

 Also sprach Zarathustra
Ein Buch für Alle und Keinen [Erster Teil]
Von Friedrich Nietzsche 1883
Zarathustra’s Vorrede
Traduction française : Maurice de Gandillac, Gallimard
English translator : Thomas Common, Project Gutenberg

 

Lars von Trier :

"I had thought, especially after I saw Bruno Ganz in that film about Hitler, that there is a little Hitler-like man inside of all of us.

(...)

The force in me that makes me say and do stupid things—I get overexcited—also allows me to make my kind of films. I can tell you one thing: I will never do a press conference again."

Source : Indiewire : INTERVIEW | Lars von Trier: “I will never do a press conference again.”

 
 
VIDEO : MELANCHOLIA de LARS VON TRIER
 
CANNES 2011 - EN COMPETITION : MELANCHOLIA
Un film de Lars von Trier
Avec : Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, Kiefer Sutherland, Charlotte Rampling, John Hurt...
Une belle histoire sur la fin du monde...
 

 

EDIT. --> Le meilleur article pour comprendre la polémique Lars von Trier dans son contexte et ses intentions : Polémique à Cannes : Lars von Trier, antisémite ou mauvais plaisantin





Dominique Besnehard : un problème de mon activité de producteur, c'est que mes interlocuteurs sortent d'HEC. Je suis souvent surpris du manque de cinéphilie

Ça ira mieux demain - Dominique Besnehard - Jean-Pierre Darroussin - Un film de Jeanne Labrune

Dominique Besnehard : "Un problème de mon activité de producteur, c'est que mes interlocuteurs sortent d'HEC. Je n'ai rien contre, mais j'aimerais parler de temps à autre, je ne sais pas, à un écrivain ou à un scénariste qui aurait arrêté son métier, serait rentré dans une société de distribution, ou serait devenu exploitant. Je suis souvent surpris du manque de cinéphilie.

 

(...)

 

A l'époque, c'était plus facile, on pouvait recevoir tous ceux qui envoyaient une photo, ce qui n'est plus possible. Au cours Florent, il y avait cent élèves ; aujourd'hui il y en a mille.

 

(...)

 

Pialat m'a poussé à faire du casting sauvage, à solliciter des gens qui n'avaient pas forcément pensé à devenir comédien. Et c'est comme ça qu'on a trouvé Sandrine Bonnaire.

 

(...)

 

- Est-ce qu'on peut parler de star-système en France ?


- Oui, il y a dix noms : Jean Dujardin, Mathilde Seigner, Guillaume Canet, Sophie Marceau, etc. Si l'on n'a pas l'un d'entre eux et que l'on veut monter un gros film, c'est compliqué..."


 
 
Illustration : Ça ira mieux demain
Dominique Besnehard - Jean-Pierre Darroussin
Un film de Jeanne Labrune
 




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