BOSSUET - Oraison funèbre de Henriette d'Angleterre - Lue par Jean-Luc Debattice
Bossuet, Oraison funèbre de Henriette-Anne d'Angleterre (--> Texte intégral)
AUDIO : Bossuet, Oraisons funèbres de Henriette de France et de Henriette d'Angleterre
Type de texte : Intégral
Format : 2 CD
Lu par Jean-Luc Debattice
LIVRAPHONE
Référence : LIV10006C
Durée : 2h12mn
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"Dans l'ordre des écrivains, je ne vois personne au-dessus de Bossuet, nul plus sûr de ses mots, plus fort de ses verbes, plus énergique et plus délié dans tous les actes du discours, plus hardi et heureux dans la syntaxe et en somme plus maître du langage, c'est à dire de lui-même".
- Paul Valéry.
Extrait lu : Oraison funèbre de Henriette d'Angleterre :
"- « Nous mourons tous », disait cette femme dont l'Écriture a loué la prudence au second livre des Rois, « et nous allons sans cesse au tombeau, ainsi que des eaux qui se perdent sans retour. »
En effet, nous ressemblons tous à des eaux courantes.
De quelque superbe distinction que se flattent les hommes, ils ont tous une même origine, et cette origine est petite.
Leurs années se poussent successivement, comme des flots ; ils ne cessent de s'écouler, tant qu'enfin, après avoir fait un peu plus de bruit et traversé un peu plus de pays les uns que les autres, ils vont tous ensemble se confondre dans un abîme où l'on ne reconnaît plus ni princes ni rois, ni toutes ces autres qualités superbes qui distinguent les hommes; de même que ces fleuves tant vantés demeurent sans nom et sans gloire, mêlés, dans l'Océan avec les rivières les plus inconnues.
Et certainement, messieurs, si quelque chose pouvait élever les hommes au-dessus de leur infirmité naturelle si l'origine qui nous est commune souffrait quelque distinction solide et durable entre ceux que Dieu a formés de la même terre, qu'y aurait-il dans l'univers de plus distingué que la princesse dont je parle ?
Tout ce que peuvent faire non seulement la naissance et la fortune, mais encore les grandes.qualités de l'esprit, pour l'élévation d'une princesse, se trouve rassemblé et puis anéanti dans la nôtre.
De quelque côté que je suive les traces de sa glorieuse origine, je ne découvre que des rois, et partout je suis ébloui de l'éclat des plus augustes couronnes.
Je vois la maison de France, la plus grande, sans comparaison de tout l'univers, et à qui les plus puissantes maisons peuvent bien céder sans envie, puisqu'elles tâchent de tirer leur gloire de cette source;
je vois les rois d'Ecosse; les rois d'Angleterre, qui ont régné depuis tant dé siècles sur une des plus belliqueuses nations de l'univers, plus encore par leur courage que par l'autorité de leur sceptre.
Mais cette princesse, née sur le trône, avait l'esprit et le coeur plus hauts que sa naissance. Les malheurs de sa maison n'ont pu l'accabler dans sa première jeunesse; et dès lors on voyait en elle une grandeur qui ne devait rien à la fortune;
Nous disions avec joie que le ciel l'avait arrachée comme par miracle des mains des ennemis du roi son père, pour la donner à la France: don précieux, inestimable présent, si seulement la possession en avait été plus durable!
Mais pourquoi ce souvenir vient-il m'interrompre ? Hélas ! nous ne pouvons un moment arrêter les yeux sur la gloire de la princesse sans que la mort s'y mêle aussitôt pour tout offusquer de son ombre.
0 mort! éloigne-toi de notre pensée, et laisse-nous tromper pour un peu de temps la violence de notre douleur par le souvenir de notre joie.
Souvenez-voùs donc, messieurs, de l'admiration que la princesse d'Angleterre donnait à toute la cour : votre mémoire vous la peindra mieux avec tous ses traits et son incomparable douceur que ne pourront jamais faire toutes mes paroles.
Elle croissait au milieu des bénédictions de tous les peuples et les années ne cessaient de lui apporter de nouvelles grâces."


