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Les comédiennes : entre théâtre et prostitution

"Les comédiennes : la frontière floue entre théâtre et prostitution

... la situation était classique : une comédienne devait recourir à la galanterie pour avoir un train de vie convenable. Et d'abord pour exercer son métier. (...) La pratique (...) mène fatalement les jeunes femmes désireuses de jouer au théâtre à tirer leurs revenus de leurs charmes.

(...)

Ce standard de vie de l'actrice entretenue est décrit dans beaucoup de romans du XIXe siècle.

(...)

Lucy Rocher, élève au Conservatoire qui vit pauvrement avec sa mère, est emmenée un jour par une de ses camarades dans une maison de passe discrète de la rue de la Victoire, dont la directrice, Mme Materne, utilise les services des artistes :

"Les premières fois, je ne puis vous garantir que de cinq à dix louis, mais quand vous aurez débuté, que votre nom sera sur les affiches et dans les journaux, je vous promets vingt-cinq louis, cinquante, cent et même plus." (Une comédienne, scènes de la vie de théâtre, 1889, Henry Bauer)

(...)

Les misogynes de la seconde moitié du siècle ne font, quant à eux, aucune différence entre une actrice et une courtisane. Ainsi les Goncourt, se trouvant en 1862 à l'Opéra dans une loge voisine de celle où est assise Marguerite Bellanger, la désignent comme "une fille", en compagnie du "roi des gandins", Gramont-Caderousse, et au côté d'une autre courtisane, Anna Deslions, qui, elle, n'a jamais été comédienne. Ils classent les deux femmes dans la catégorie des "putains"."

Anne Martin-Fugier, Comédienne, De Mlle Mars à Sarah Bernhardt, Seuil
Extraits des pages 316 à 325

Présentation de l'éditeur

Entre les obsèques d'Adrienne Lecouvreur, dont l'Église refuse de bénir la dépouille en 1730, et les funérailles quasi nationales de Sarah Bernhardt en 1923, près de deux siècles s'écoulent au cours desquels va peu à peu s'effacer le contraste entre le prestige du théâtre et le pitoyable statut accordé aux comédiennes. Longtemps, celles-ci ont été vues comme des femmes légères, dont l'image oscillait entre la demi-mondaine et la prostituée. Cet ouvrage montre comment, au XIXe siècle, elles acquièrent, mais non sans mal, une légitimité artistique et une respectabilité sociale. Anne Martin-Fugier décrit dans le détail, sordide, pittoresque ou magnifique, ce que furent ces vies de femmes, les vedettes (Mademoiselle Mars, Marie Dorval, Rachel, Sarah Bernhardt) et les autres, moins connues aujourd'hui, depuis l'apprentissage des planches jusqu'au dernier tomber de rideau. Rebelles ou dociles, fantasques ou appliquées, adorées ou sifflées, tour à tour monstres sacrés et parias.

Biographie de l'auteur

Anne Martin-Fugier, historienne, est spécialiste de la vie sociale et culturelle au XIXe siècle. Elle a publié, en 2008, La Vie d'artiste au XIXe siècle (Pluriel) et Mademoiselle Rachel en Amérique (Mercure de France).





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