Marie-Laure de Noailles (Marie-Laure Bischoffsheim) RADIO-SUISSE ROMANDE Samedi 10h à 12h L'humeur vagabonde Charles Sigel
RADIO-SUISSE ROMANDE -
* samedi de 10h à 12h
LE PROGRAMME MUSICAL
L'humeur vagabonde
Marie-Laure de Noailles
Marie-Laure Bischoffsheim
* Francis Poulenc L'Invitation au château. Musique de scène ( Emmanuel Strosser, David Grimal, Romain Guyot) / EMI Classics
* Francis Poulenc Aubade. Concerto chorégraphique, pour piano et orchestre de chambre (dir. Walther Straram, Orchestre des Concerts Straram, Francis Poulenc) / LYS
* Bessie Smith
Alexander's ragtime band
BBC, 1987
* Erik Satie Parade, ballet réaliste sur un thème de Jean Cocteau (dir. Michel Plasson, Toulouse / Orchestre Théâtre du Capitole) / EMI, Angel
* Francis Poulenc Rapsodie nègre, pour mezzo-soprano, flûte, clarinette, quatuor à cordes et piano ( Anne Sofie von Otter, Andreas Alin, Lars Paulsson, Nils-Erik Sparf, Ulf Forsberg, Matti Hirvikangas, Mats Lindström, Bengt Forsberg) / DG
* Francis Poulenc Sextuor pour piano, flûte, hautbois, clarinette, basson et cor ( Jacques Février, Jacques Castagner, Robert Casier, André Boutard, Gérard Faisandier, Michel Bergès) / EMI Classics
* Ervin Schulhoff Cinq études de jazz, pour piano / Bek 81 ( Kathryn Stott) / BIS
* Duke Ellington and His Famous Orchestra
dir. Duke Ellington
Clarinet lament (Barney's concerto)
Classics Records, 1992
* Erik Satie Six gnossiennes, pour piano ( Jean-Joël Barbier) / Accord
* Igor Markevich L'Envol d'Icare, pour orchestre (dir. Christopher Lyndon-Gee, Arnhem Philharmonic Orchestra) / Marco Polo
* Cole Porter
You're the top
Columbia, 2004
* Francis Poulenc Sonate pour clarinette et basson ( Michel Portal, Amaury Wallez) / EMI Classics
* Francis Poulenc Figure humaine. Cantate pour choeur a cappella (dir. Laurence Equilbey) / Naïve
* Ned Rorem Quatuor à cordes, no 4 (Emerson String Quartet, Philip Setzer, Eugene Drucker, Lawrence Dutton, David Finckel) / DG
* Erik Satie 3 Morceaux en forme de poire, pour piano à 4 mains ( Pascal Rogé, Jean-Philippe Collard) / Decca
Marie-Laure de Noailles
De Proust à Cohn-Bendit, le parcours d’une personnalité « bien parisienne »...
Pendant un demi-siècle, elle fut, au carrefour de la création artistique et de la mondanité, une sorte d’incarnation drolatique du snobisme.
Ses titres de gloire, c’est d’avoir produit L’Âge d’or de Dali et Buñuel et Le Sang d’un poète de Cocteau et c’est d’avoir passé commande à Robert Mallet-Stevens d’un des phares de l’architecture des Années Folles: la Villa Noailles d’Hyères. Mais elle fut aussi pendant près de cinquante ans “Marie-Laure” tout court, l’une des personnalités les plus extravagantes, les plus étonnantes, les plus inévitables de la vie parisienne.
Impossible de lire une biographie, un livre de souvenirs, des mémoires évoquant la vie musicale, artistique, mondaine en France dans les années trente à septante sans que passe la silhouette étrange de Marie-Laure.
Le côté de Guermantes
Sa vie commence du côté de chez Proust et s’achève dans les parages de Mai 68. Pour grand-mère, elle a la comtesse Adhéaume de Chevigné, née Laure de Sade. Donc dans son sang on trouve les gènes du Marquis de Sade, mais ceux aussi de l’un des modèles de la Duchesse de Guermantes.
Cette grand-mère fut sa référence et son modèle; femme de grand caractère, la voix forte, la silhouette conquérante (le jeune Proust la lorgnait de loin dans les jardins des Champs-Élysées), le langage fleuri, aucun souci des convenances, au contraire le plaisir d’étonner par sa verdeur et son insolence. Marie-Laure au fil des années deviendra une copie conforme de la Comtesse Adhéaume.
L’héritage
Son père meurt jeune, lui laissant une fortune énorme. De ce côté-là, plusieurs générations de Bischoffsheim, une famille de banquiers et financiers juifs, venus de Francfort en passant par Bruxelles. Des investissements colossaux dans les mines et les chemins de fers, qui assureront à Marie-Laure et à son terriblement discret, mutique, séduisant, mystérieux, élégant, courtois époux Charles de Noailles une vie privilégiée, fastueuse même, un train de vie royal (Rolls, gens de maison, énorme hôtel particulier à Paris empli de Goya, Van Dyck, Géricault, etc.), une opulence presque irréelle.
Charles
Une enfance recluse, terne, auprès d’une mère bien-pensante, qui aura tout de même le talent de se remarier avec Francis de Croisset (né Franz Wiener), auteur de théâtre fêté qui se lancera ensuite dans l’exotisme littéraire (La Féerie cinghalaise) et sera finalement lui aussi une manière de professeur de désinvolture de la jeune fille.
Les Noailles sont comme les Beaumont des icônes de la mondanité Arts Décos. Et leur villa d’Hyères, cubiste, luministe, sportive accueille les Poulenc, Auric, Dali, Crevel, Man Ray, toute la jeune garde de l’après-guerre. On y tourne Les Mystères du château du Dé, on y prépare les deux films évoqués au début, on y fait de la gymnastique autour de la piscine, notamment Charles qui ne quitte plus son professeur, au corps impeccablement découplé.
Igor
L’amitié trop intime de Charles et de l’athlète lézardera le mariage Noailles. Dès lors, chacun vivront sa vie. Charles se passionnera de plus en plus pour les jardins (et dit-on les jardiniers), il reviendra à un style de vie dix-huitième plus proche de ses goûts profonds.
Marie-Laure quant à elle multipliera les liaisons flatteuses. Sa première grande passion sera Igor Markevitch, jeune génie découvert par Diaghilev, dont elle attendra un enfant qu’elle ne pourra garder, et ce sera le drame de sa vie.
Et puis il y en aura beaucoup d’autres, fréquemment homosexuels. C’est ma spécialité, dira-t-elle. Précisons que son premier amour, celui qui en somme le mit sur le chemin de l’extravagance, ce fut Jean Cocteau. Que l’on retrouvera à tous les moments de son existence.
Partout
On la verra acheter des armes pour les républicains espagnols, on la verra internée à Lausanne pendant la guerre (pour avoir franchi la frontière avec Maurice Gendron, autre jeune ami), on la verra fréquenter absolument tout le monde, du moins tout Paris (on dit qu’elle y connaissait trois mille personnes), passer sa vie au téléphone, jouer les mécènes, de Poulenc à Ned Rorem, on la verra être toujours au courant de tout, du moindre spectacle, de la galerie la plus obscure, promener partout sa silhouette de plus en plus étrange, se mettre à la peinture (une toile par semaine dans un genre fantastico-angoissé, une exposition par an et tant pis pour les rieurs), on la verra au bal Beistegui et à la création des Paravents, dans Vogue et apportant un pâté en croûte de chez Fauchon aux étudiants de la Sorbonne en 68. On la verra confier sa Ziss à César qui en fera une compression...
Folle?
Femme savante (elle avait tout lu) et femme fragile. Vieillissant en mère Ubu, vêtue soit de cretonnes provençales, soit de l’un de innombrables tailleurs Chanel. Marie-Laure est-elle folle? se demanderont certains. Elle pourfendra le snobisme, dont elle semblera pourtant la grande prêtresse... Autrefois Balthus l’avait peinte en petite jupe noire et gilet assorti. Et, somme toute, c’est comme ça qu’elle se voyait peut-être: une grande fille toute simple...
Bibliographie :
* Laurence Benaïm: Marie-Laure de Noailles, la Vicomtesse du Bizarre. Grasset, 2001 et Livre de Poche, 2003
* Igor Markevitch: Être et avoir été. Gallimard, 1980
* Francis Poulenc: Correspondance. Fayard, 1994
* Matthieu Galey: Journal, tomes 1 et 2. Grasset, 1987 et 1989
* Jean-Louis Curtis: La France m’épuise, pastiches. Flammarion, 1982
* Collectif: Robert Mallet-Stevens. Archives d’Architecture moderne, 1980
* Hubert Damisch: Villa Noailles. Marval, 1997
http://www.rsr.ch/espace-2/l-humeur-vagabonde/programme-musical/20081115


