Jean-François Naudon, monteur de Robert Bresson : Les cadres de ses films m'émeuvent : ils sont inattendus
mais pour y pénétrer, y être absorbé tout entier".
Robert Bresson, Notes sur le cinématographe
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Jean-François Naudon, monteur de L'Argent:
"Le sentiment de l'évidence de l'emplacement de la caméra tient aussi au fait que M. Bresson ne tourne pas beaucoup. Un metteur en scène "normal" se couvre davantage : c'est-à-dire qu'il tourne une séquence comme il a envie de la tourner, puis, par sécurité, très souvent, il la tourne d'une autre façon ; il fait des gros plans, des plans moyens, etc. ça, on ne l'a pas chez M. Bresson. Il la tourne dans son optique et puis c'est tout. On peut [au montage] agencer les plans les uns par rapport aux autres, mais sur le plan lui-même, on n'a pas tellement le choix.
Ce qui est extraordinaire quand on voit les rushes de M. Bresson, c'est la beauté des cadrages. Moi j'ai une passion pour les cadres qu'il fait, cette recherche, cette beauté ! Mais il n'y a jamais rien de gratuit, ce n'est pas de l'esthétisme chic ou clinquant. Les cadres de ses films m'émeuvent : ils sont inattendus.
Il y a une séquence que j'adore ; c'est la présentation d'Yvon [dans L'Argent], quand il vient livrer du fuel, en trois plans où on ne le voit pas : il est de dos dans le premier, on voit un gros plan de sa main qui saisit le tuyau d'essence dans le second, dans le troisième il rentre le tuyau. C'est seulement dans le quatrième qu'on l'aperçoit de face quand il vient chercher l'argent. C'est d'un culot formidable.
D'ailleurs, il y a une chose formidable, c'est la jeunesse et le culot de M. Bresson : il n'hésite pas. Il y a peu de gens, à part Godard, qui ont eu un culot pareil".






