Sa beauté émouvante ne change rien à l'effet de tristesse infinie qui émane d'elle dès la première apparition :

une pâleur de morte, une évanescence de noyée au fil de l'eau (elle évoque Ophélie bien avant qu'on assiste à une représentation d'Hamlet).
Bresson, continuant de s'enhardir, nous montre pour la première fois son héroïne nue, de face comme de dos, et cette peau si blanche et ces formes parfaites semblent celles d'une statue ou d'une morte.
...
C'est le mari qui raconte l'histoire, au passé...
L'histoire sera racontée aux côtés d'une morte,
mais n'était-elle pas déjà morte lorsqu'elle "vivait" dans l'enfer d'un monde où ne souffle aucun "vent", aucun esprit, d'un monde où "le Christ est séparé du métal" (comme il est dit dans le film),
cet or qui a pris tout le contrôle de l'organisation de l'existence.
La charité n'est qu'une ruse ou une faiblesse et, moins qu'une histoire de jalousie, il s'agit d'un drame de possession, de la part de ce prêteur qui ne sait qu'attribuer un prix à chaque chose, et voudrait aussi s'approprier sa femme."
Extrait de ROBERT BRESSON de Jean-Michel Frodon, Collection Grands Cinéastes, Cahiers du cinéma
Illustrations Films7, captures de Une femme douce.




"L'or m'intéresse. Il vaudrait mieux que vous gardiez le Christ et que je prenne le métal".





Bresson nous montre pour la première fois son héroïne nue,
de face comme de dos, et cette peau si blanche et ces formes parfaites
semblent celles d'une statue ou d'une morte.




Le mari: L'argent m'appartient.
La femme: Peut-être, mais il ne te donne aucun droit sur moi.
Le mari: J'ai bien le droit d'assurer notre existence.
La femme: N'essaie pas de me dominer avec l'argent. Je ne veux pas, tu m'entends ?
Compléments:
--> Robert Bresson, Une femme douce, Ouverture
--> Robert Bresson, Une femme douce, l'idée ridicule qu'un homme se fait d'une femme
--> La nouvelle qui inspira le film de Bresson: DOSTOIEVSKI, LA DOUCE (Krotkaïa) (texte et version sonore gratuite - audiobook)